Depuis début mai, l’AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération) permet le dépôt de noms de domaine avec 30 nouveaux caractères, dont les lettres accentuées comme é, è, ü, î…, le « e dans l’o » (œ) et d’autres caractères spéciaux. Cette ouverture, qui ravira les amoureux de la langue française et de ses spécificités, est dans un premier temps réservée durant deux mois aux détenteurs de noms de domaine avec une lettre possiblement accentuée et qui désireraient en sécuriser l’usage. Dés le 3 juillet, la règle du « premier arrivé, premier servi » redeviendra la pratique usuelle.

Selon l’AFNIC, depuis la création du système de nommage en 1985, les utilisateurs français devaient se contraindre à composer des noms de domaine au format « latin sans signes diacritiques», c’est à dire des dénominations exclusivement basées sur les 24 lettres de l’alphabet (de A à Z), les dix chiffres (de 0 à 9) et le trait d’union, en usage dans les pays anglo-saxons. Tous les autres caractères étaient proscrits y compris les 24 lettres dès lors qu’elles étaient « affectées » d’un accent. Cette contrainte n’a heureusement plus de sens à partir du moment où il existe des standards techniques permettant de créer des noms de domaine « en langage naturel », qui reflètent la variété des modes d’expression, y compris celles des utilisateurs français. De nombreux usagers avaient d’ailleurs anticipé cette évolution en communiquant régulièrement sur leurs noms de domaine intégrants des accents comme par exemple www.élysée.fr qui est parfaitement reconnu alors que l’adresse affichée dans le navigateur reste www.elysee.fr . « L’usage des IDN en rapport avec des langues comportant des signes diacritiques est donc la meilleure réponse donnée aux titulaires pour leur permettre de communiquer avec des noms de domaine reflétant la prononciation de leur identité ou de leur marque, se félicite l’AFNIC».

à á â ã ä å æ ß ç è é ê ë ì í î ï ñ ò ó ô õ ö oe ù ú û ü ý ÿ

Une opportunité à saisir

Le « .fr » ainsi que les extensions ultra marines (.yt, .pm, .wf, .tf et .re) gérées par l’AFNIC ne sont pas les premières à s’ouvrir aux IDNs et l’expérience des prédécesseurs a montré que les dépôts par des usurpateurs, des individus ou organisations pratiquant le cybersquatting, sont plutôt rares de même que les usages frauduleux de type hameçonnage (phishing) visant à soutirer des données personnelles par tromperie. De plus, dans les pays européens, la proportion d’« IDNs » n’excède pas 3 à 5% du volume total de noms déposés, ce qui minore le niveau de risque. Mais, selon une étude réalisée antérieurement par une société spécialisée dans la protection des noms de domaines, il n’en serait pas de même sur les extensions génériques de type .com, .net ou .eu sur lesquels l’accentuation est déjà autorisée : les taux de cybersquatting seraient nettement plus élevés.

Il n’en demeure pas moins que les entreprises et les institutions ont tout intérêt à faire l’investissement nécessaire pour déposer leur nom accentué afin d’optimiser leurs stratégies de nommage et de communication digitale. En cas de dépôt litigieux, c’est toujours la même procédure « Syreli » de protection des marques qui s’applique à un «IDN». Mise en place et gérée par l’AFNIC, elle permet aux ayants droit d’obtenir rapidement et pour un coût modeste (250 €) la suppression ou le transfert de noms litigieux déposés par des tiers de mauvaise foi ou n’ayant aucun intérêt légitime. En revanche, ce coût peut être beaucoup plus élévé pour les « IDN » utilisant les extensions génériques .com et .net.

Pour les sociétés spécialisées dans l’enregistrement de noms de domaines c’est l’occasion d’expliquer à leurs clients l’intérêt ou non d’acquérir des IDN accentués car l’enjeu peut se révéler important, notamment pour les entreprises les plus modestes qui pourraient imaginer devoir déposer plusieurs variantes pour protéger leur site des imitations utilisant l’accentuation. Il est donc urgent de se rapprocher de son hébergeur/infogérant qui est souvent également « enregistreur » de noms (ou qui a une relation privilégiée avec un « registrar ») pour étudier avec lui l’opportunité de tels investissements au regard d’une stratégie commerciale et d’un renfort de notoriété. Dans ce domaine qui va encore beaucoup bouger dans les temps à venir – notamment avec la possibilité d’utiliser des noms complets comme extension, bientôt mise aux enchères par l’ICANN* -, il est indispensable d’être en relation avec d’authentiques spécialistes du nommage, spécialité qui est devenue une vraie valeur stratégique pour toutes les entreprises présentes sur le net.

* L’ICANN, Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, est une société de droit californien à but non lucratif, qui gère les politiques d’attribution des noms de domaines et délègue une part de ses prérogatives à des entités nationales comme l’AFNIC. Fondée à l’initiative du vice-président américain Al Gore, l’ICANN est régie par un mémorandum signé avec le Département du Commerce des USA.