La conférence mondiale sur le changement climatique s’est achevée sur des promesses et des engagements qu’il faudra effectivement tenir et vérifier. Parmi tous les défis à relever figurent non seulement la diminution des gaz à effet de serre mais aussi la maîtrise des consommations énergétiques, chapitre sur lequel on attend particulièrement les hébergeurs informatiques dont les alignements de serveurs sont parmi les dispositifs techniques les plus énergivores.
Le secteur IT et plus précisément les hébergeurs de salles de serveurs que l’on a l’habitude d’appeler data center sont réputés produire autant de gaz à effet de serre que le transport aérien. Sachant que ce secteur d’activité est en constante expansion – comme le second d’ailleurs – il est légitime de s’inquiéter de cet état de fait et de s’enquérir des efforts qui sont prodigués pour contrer cette tendance néfaste pour la planète.
Selon des données compilées par l’hébergeur Cyrès, la consommation électrique des data centers ne représentera en 2017 que 21 % du total de l’activité informatique (contre 15 % en 2012), soit largement moins que les équipements informatiques eux-mêmes (34% contre 47% en 2012), les réseaux d’énergie (29% contre 20%) et le reste de l’industrie (16% contre 18%).
A la lecture de ces chiffres on constate une légère croissance qui concerne donc l’environnement de l’hébergement mais une baisse significative de la consommation électrique des machines, ce qui dénote des efforts notables de la part des constructeurs. Les data centers sont pénalisés par le fait qu’ils concentrent de plus en plus de serveurs ce qui mécaniquement augmente les efforts à produire pour dissiper la chaleur même si par ailleurs les machines sont elles de plus en plus éco-responsables. Cette mutualisation des espaces d’hébergement, de plus en plus volumétriques, a donc malgré tout des effets vertueux puisqu’ils génèrent des économies d’échelle y compris dans les équipements de servitudes. L’avancée vers l’efficacité énergétique est aussi aiguillée par la concurrence entre acteurs qui fait de ce secteur « l’un des plus avancés en matière d’économie d’énergie », affirme un rapport d’une association d’hébergeurs.

Le green IT dans l’air du temps

Il est indéniable que tous les acteurs de la filière font des efforts pour faire des économies d’énergie car cette dépense représente quand même un bon tiers des coûts de fonctionnement ce qui a évidemment une incidence sur le prix facturé aux clients. Il y a donc, au fur et à mesure, des constructions nouvelles, des surenchères concurrentielles qui génèrent un phénomène d’incitation positive.
Mêmes les infrastructures anciennes font l’objet d’attentions avec des consommations d’électricité en hausse de 250%, engagées pour refroidir les serveurs sinon pour recycler leur chaleur. Ces efforts s’accompagnent aussi d’actions pour optimiser l’efficacité énergétique, pour rationaliser l’utilisation du matériel par la virtualisation des plates-formes ou pour augmenter la part des énergies renouvelables. Dans son récent baromètre 2015 des pratiques Green IT en France, l’Alliance Green IT (AGIT) estime d’ailleurs que 67 % des entreprises françaises ont déjà fait des efforts pour abaisser les consommations d’électricité de leurs data centers, investissements d’un niveau identique à celui engagé pour améliorer les infrastructures informatiques.

Les travaux d’amélioration

Différents travaux permettent d’agir sur l’optimisation des consommations énergétiques dans les data centers. Il s’agit notamment de travailler sur l’organisation physique des serveurs, sur la gestion des flux d’air, ou encore sur la maîtrise de la climatisation. Tous ces domaines d’action et ces bonnes pratiques sont déjà largement employés, avec des efforts accrus sur les nouvelles méthodes de refroidissement comme le « free cooling » par récupération de l’air extérieur ou l’utilisation de liquides caloporteurs comme l’eau ou l’huile qui permet aussi la valorisation de la chaleur. On travaille aussi sur l’amélioration des systèmes de ventilation traditionnels ou l’effacement et le stockage de l’électricité.
Toutes ces actions peuvent induire des gains potentiels estimés à 130% d’économie d’énergie. Certains hébergeurs n’hésitent plus à implanter leurs nouveaux data centers dans des endroits propices au rafraichissement naturel comme des lieux bien exposés au vent, des sites militaires réformés enfouis sous des montagnes ou des implantations positionnées en bord de mer ou sur des barges flottantes. L’AGIT (alliance green IT), le CESIT (Comité des Exploitants de Salles Informatiques et Telecom) et le GIMELEC (Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés) n’hésitent désormais plus à affirmer que « 100% du territoire français est éligible au free cooling » et que la technologie permet de « construire à Marseille des data centers aussi économes que dans le Grand Nord ».

Passer aux actes

Le champ des possibles est donc vaste mais l’effort à accomplir reste important surtout sur les installations anciennes. Si les hébergeurs sont pro-actifs pour faire diminuer les coûts (48 % en dépense d’électricité et de refroidissement), il n’en va pas obligatoirement de même dans les salles informatiques classiques, généralement âgées et essentiellement exploitées par les entreprises utilisatrices.
Le baromètre 2015 des pratiques GreenIT de l’AGIT indique ainsi que seuls 39 % des décideurs IT connaissent la superficie de leurs salles informatiques et que dans 65 % des cas, le PUE (Power Usage Effectiveness, le produit du total de l’énergie consommée en salle IT sur l’énergie dépensée par les seuls équipements informatiques) dépasse souvent 2 alors que les bonnes pratiques permettent d’atteindre 1,6 (pour un idéal de 1). La Commission Européenne pousse à l’action avec son Code of Conduct on Data Centres Energy Efficiency mais seules 24 % des 84 entreprises sondées par l’AGIT suivent les recommandations de Bruxelles alors que l’indicateur de référence, le PUE, est contesté. Ses détracteurs le disent imprécis et dépassé et travaillent à sa redéfinition. Son challenger, le DCEM (Data Centre Energy Management), mesure l’efficacité de la consommation énergétique en fonction de la taille de la salle, la part d’énergie réutilisée pour d’autres usages que l’IT ou celle des renouvelables, mais cet indice ne s’est pas encore imposé comme standard. Pour autant, les autorisations administratives de construction de nouveaux data centers en France pourraient être soumises à l’existence de modalités de ré-exploitation de la chaleur produite par les équipements IT. Il est cependant urgent d’agir lorsque l’on sait que la consommation d’énergie par l’IT augmente d’environ +10 % l’an.

Encadré :

Inauguré en septembre, le nouveau datacentre de Cogeco Peer 1 établi à Kirkland, sur l’île de Montréal, est le premier au Canada à offrir un système de facturation basé sur la consommation d’énergie.

L’installation est conçue pour soutenir une puissance électrique pouvant atteindre 16,5 mégawatts. Elle est dotée de refroidisseurs ultramodernes, d’une redondance N + 1 notamment pour les systèmes de refroidissement et d’alimentation électrique, ainsi que d’armoires haute densité et d’un système de confinement d’allées chaudes permettant de prévoir et d’optimiser la capacité et l’efficacité du refroidissement au niveau du rack, de la rangée ou de la salle.
Des sources d’énergie bien dimensionnées et fiables, ainsi qu’un climat frais pendant la majeure partie de l’année font de l’île de Montréal un emplacement idéal pour héberger ce nouveau centre de données, indique-t-on chez Cogeco Peer 1.