En plus des cyber-attaques qui prennent de plus en plus d’ampleur, faut-il désormais craindre des atteintes physiques sur les liaisons câblées qui véhiculent Internet? Première alerte sérieuse en Californie pourtant terre d’élection de la cyberéconomie.

 Fin juin, les limiers du FBI ont enregistré la onzième dégradation physique depuis un an affectant des câbles à fibres optiques irriguant la Californie et plus particulièrement la baie de San Francisco. Ces coupures qui ont interrompu les services de plusieurs fournisseurs d’accès à Internet et sérieusement dégradé le service cloud Azure de Microsoft jusqu’à Seattle donnent lieu à des enquêtes confiées à la police fédérale du fait du caractère stratégique de ces installations. Tout dernièrement, c’est la région de Sacramento qui a été touchée par le sectionnement de trois câbles à fibre optique. Le FBI qui a lancé des appels à témoins demandant de signaler «les évènements suspects ou liés à des opérations de maintenance des télécoms ou semblant l’être », a également interdit l’accès aux « scènes de crime » pendant plusieurs heures afin de récolter un maximum d’indices. Les équipes de réparateurs envoyées par les fournisseurs d’accès ont du patienter avant d’intervenir provoquant évidemment la protestation des clients, particuliers et entreprises, privés momentanément d’Internet et donc empêchés de travailler.

 Action concertée

La police a révélé que ces dégradations volontaires nécessitent de pénétrer dans des chambres de tirage ou des galeries techniques et requiert la mise en œuvre d’un outillage approprié pour sectionner les gaines métalliques de protection des fibres optiques. La simultanéité ou le fort rapprochement dans le temps de ces actes pourrait aussi signifier qu’il s’agit d’actions concertées qualifiées pour le moment de vandalisme ou de malveillance organisée. Des experts soulignent cependant que ces dégradations révèlent quand même une certaine fragilité du maillage des liaisons dorsales d’Internet qui semblent n’offrir que peu d’itinéraires de re-routage des données. Pourtant, la baie de San Francisco est une zone stratégique puisqu’elle est le point « d’atterrissement » de plusieurs câbles sous-marin reliant les Etats-Unis à la Chine, au Japon, à l’Amérique du Sud et à l’Australie. D’ailleurs – coïncidence – Google a annoncé avoir pris la décision d’enrober ses futurs câbles sous-marins trans-Pacifique de Kevlar – le textile technique de Dupont de Nemours employé notamment pour les gilets pare balle – pour les protéger contre … les morsures de requin.